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"Il trompait ma maman. C'était avec moi": cette ancienne cavalière victime d'agressions sexuelles pendant 10 ans

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Violée dans les années 80 par trois encadrants, dans son club et lors de stages en junior: Amélie Quéguiner, ex-cavalière, raconte avoir vécu l'enfer durant 10 ans, des faits qu'elle a tus pendant 30 ans, par peur, honte et culpabilité.

"J'étais dans un microcosme, c'était un nid de prédateurs dans les 50 km à la ronde. Il y a une immunité totale et l'immunité, c'est le silence", peut enfin dire Amélie Quéguiner, après avoir déposé une plainte il y a deux ans contre celui qu'elle appelle "ce Monsieur", son "principal agresseur"; son entraîneur. Cette semaine, elle a porté plainte contre deux autres agresseurs, dont elle n'avait encore jamais osé parler.

Aujourd'hui dirigeante d'un club équestre en Dordogne, l'ex-compétitrice en saut d'obstacles est revenue dans un entretien avec l'AFP sur son adolescence brisée, pour aider d'autres victimes à témoigner. "La première fois que je l'ai vu, j'ai eu peur. Il me faisait peur physiquement. Il m'a dirigée dans la compétition, en junior d'abord", explique-t-elle. "Il y a eu un changement radical le jour où mes parents ont divorcé. J'avais 11 ans. A partir de là, le mécanisme d'emprise s'est tout de suite mis en route, il a décidé de m'entraîner beaucoup plus intensivement. Très vite après ça, il est devenu le compagnon de ma maman, dans le mois qui a suivi. Il est rentré dans la famille", se souvient Amélie Quéguiner, qui vivait près d'Orthez (Pyrénées-Atlantiques).

Et puis, il y a cette première fois... "Ca a été lors d'un mariage, où ma maman n'a pas pu se déplacer, j'ai été seule avec lui dans une chambre d'hôtel. Pourquoi ce soir-là on ne parle pas, on se laisse faire ? C'est le schéma archi-classique de sidération, de honte, de culpabilité. Il me faisait peur, il était tyrannique". Dans sa mémoire reste un souvenir gravé à jamais: "à 14 ans et demi j'ai passé un test de grossesse".

Coach et beau-père

"En plus d'être mon coach, il était mon beau-père. Il avait la mainmise sur moi 24 heures sur 24. Je n'avais le droit à rien. Il avait accès à tout, à mon planning, j'étais à sa merci tout le temps", relate-t-elle. "Il trompe ma maman et c'est avec moi, c'était affreux à porter comme secret".

"C'était plusieurs fois par semaine. Il venait me dire bonsoir tous les soirs dans ma chambre. Quand on allait en déplacement en concours et que je voyageais seule avec lui en camion ou en voiture, c'était fréquent qu'on s'arrête. Ca ressemble beaucoup au récit d'Isabelle Demongeot (ndlr: ex-joueuse de tennis victime de viols), c'étaient des actes très furtifs, je n'ai jamais passé une nuit entière avec lui, c'était 5 minutes derrière une porte, dans une voiture, toujours avec violence, sans préparation, sans aucun mot".

"Dès que je faisais ce qu'il considérait comme une faute, j'étais mise à l'écart de toute pratique, de tout le monde, j'étais insultée quand je montais à cheval. Il me faisait subir ce que moi j'appelle de la torture jusqu'à ce que ce soit moi qui réclame du sexe pour le calmer, il fallait que je revienne vers lui, que je demande pardon et quand le pardon était accordé, il fallait que j'y passe", raconte la quinquagénaire.

Et puis, il y a eu d'autres abus, commis par deux autres encadrants lors de stages, quand elle avait de 15 à 17 ans. "Le CTR (Conseiller technique régional) venait pour des formations, il était logé à la maison, il est venu me chercher une nuit pour me ramener dans sa chambre. Le deuxième coach, c'était lors d'un regroupement de stage régional, il est venu me chercher dans ma chambre".

Tentatives de suicide, dépressions

"Je me suis dit: c'est comme ça avec les hommes. On s'intéresse à moi que pour ça, autant me faire payer", explique Amélie Quéguiner, qui a failli tomber dans la prostitution. Cette passionnée d'équitation parle des troubles qui l'ont accompagnée durant ces années: tentatives de suicide, dépressions, "maladies comme un énorme fibrome dans l'utérus".

A force de croiser régulièrement son "agresseur principal", elle a fini par tout avouer à ses parents. Les faits n'étaient alors pas prescrits mais elle n'a pas porté plainte. "Je ne saurais vous dire pourquoi. C'est un chemin long, on n'était pas sensibilisé comme maintenant, on le garde, c'est un secret de famille, tout le monde a honte", tente-t-elle de comprendre.

Elle finit par se lancer dans une thérapie, il y a seulement 3 ans. "La première phrase que j'ai prononcée au thérapeute, c'était: 'Ce que je vais vous raconter, est-ce un viol ?'. Pour moi, un viol, c'était une jeune femme qui se faisait agresser dans un coin sombre, une fois et c'était fini. Moi je me disais: pourquoi tu t'es laissée faire pendant tant de temps ? Ca turbine là-dedans".

Elle se décide à porter plainte contre son entraîneur et beau-père, les faits sont prescrits, pas d'autre victime déclarée, l'affaire est classée sans suite fin 2019. Elle vient de déposer plainte contre les deux autres agresseurs. La gendarmerie a confirmé un dépôt de plainte, jeudi à Laroche-Chalais (Dordogne), visant deux personnes.

Amélie Quéguiner a également interpellé la fédération française d'équitation, dont la Directrice technique nationale (DTN) Sophie Dubourg a indiqué qu'une "série d'actions (allaient) suivre".

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